Le carnet de James

Réflexions sur la créativité

Des pensées sur l'art, le corps, le lien humain — et pourquoi tout ça est plus urgent que jamais.

Pourquoi je crée — et pourquoi ça ne peut pas être un hobby

« Hier soir, j'étais au Cully Jazz. Ruby Rushton sur scène. À un moment, j'ai oublié où j'étais. J'étais vivant. C'est quoi, ça ? Juste du divertissement ? »

Hier soir, j'étais au Cully Jazz. Ruby Rushton sur scène. Des rythmes crépus, brameux, cardiaques — les kicks chevauchant le snare à tiers-de-temps, le souffle perçant d'une flûte traversière. À un moment, j'ai oublié où j'étais. J'étais dans la musique, dans mon bassin, mes hanches, mon âme. Un plaisir presque orgasmique — j'étais vivant.

C'est quoi, ça ? Juste du divertissement ? Ou quelque chose de plus nécessaire ?

J'ai toujours voulu être sur scène. Danser, chanter, marcher sur les mains. Dès que j'ai pu, j'ai pris des cours de théâtre. Puis le djembe, la batterie, la capoeira. Pendant mes études, la musique était la partie la plus intime de mon être. C'est en jouant de la batterie avec mon pote Clément que je me sentais le plus vivant, le plus vrai.

Tout le monde ne se sent pas créatif, et je ne veux pas en faire une religion. Il y a des façons simples de se sentir vivant — avec des amis, autour d'un verre, en marchant en montagne. Ces moments-là comptent, profondément.

Andrea Marcolongo · sur l'empathie

La philologue italienne nous rappelle que le mot empathie vient du grec em-pathos : littéralement, « entrer dans la souffrance ». C'est souvent par l'art que l'on s'y risque le plus honnêtement, parce que l'art désarme les défenses que le quotidien construit.

Mais je me demande ce qui se passe quand on crée ensemble. Quand le lien humain et l'expression se rejoignent. La musique, c'est les émotions qui débordent. La scène, c'est s'exprimer hors des jugements. La peinture seul, c'est l'introspection. Dans la vie courante, on n'a pas souvent ces espaces.

Gaston Bachelard · sur le jeu et la matière

Bachelard décrit comment l'imagination créatrice s'enracine dans la matière, dans la sensation physique. Pétrir de l'argile, étaler une couleur — ce sont des actes de rêverie active. Pour Bachelard, jouer, c'est philosopher avec ses mains.

Mihály Csikszentmihályi · le flow

Le flow arrive exactement à la frontière — assez maîtrisé pour s'y engager sans frustration, assez exigeant pour se dépasser. C'est précisément là que vivent la pratique artistique et l'apprentissage créatif.

Alors pourquoi La Fresque ? Parce que tout ça ne se trouve pas par accident. Ça se cultive. Et ça se cultive mieux ensemble.

À bientôt, James

Il n'existe pas de pont. Alors je commence à le dessiner.

« Pendant des années, j'ai été bon pour faire du cash avec mes idées. Et pourtant je sentais quelque chose de vide au fond. Cette force — l'imagination, les mots, les idées — je la mettais au service de quoi, exactement ? »

Pendant des années, j'ai été bon pour faire du cash avec mes idées. Directeur marketing dans une startup, on me demandait de trouver des concepts, d'écrire, de convaincre. J'étais créatif, apprécié, respecté. Et pourtant je sentais quelque chose de vide au fond.

Et puis il y a eu la rupture. Licenciement. Recherche d'emploi, entretiens pour des jobs de commercial, chef de projet, consultant... des rôles que je pouvais tenir, sans doute. Mais en sortant de ces réunions, je me sentais plus loin de moi-même. Pendant ce temps, je faisais de l'improvisation. Je rencontrais des artistes, sans un rond pour la plupart, mais avec du caractère, de l'esprit, du courage. Le courage d'aimer.

J'ai compris quelque chose à ce moment-là : il n'existe pas de pont. Pas de lieu pour quelqu'un qui sort du monde corporate et veut rejoindre le monde créatif. Pas d'endroit immédiatement accessible pour libérer son potentiel, entouré de gens bienveillants, sans pression de performance, juste jouer, être ensemble, s'exprimer.

Ce lieu, je l'ai cherché. Je ne l'ai pas trouvé. Alors je commence à le dessiner.

Nous sommes dans la montagne, au bord d'un lac, dans une grande bâtisse. Des comédiennes répètent un spectacle sur une scène. Des musiciens s'enregistrent dans un studio. Une écrivaine lit dans une pièce insonorisée. Des peintres s'essayent à une nouvelle technique. Les artistes se rencontrent à midi, échangent, proposent des concepts aux autres.

Ce n'est pas une école. Pas un incubateur. Pas une thérapie. C'est un lieu de vie. Ce que l'on fait avec ce lieu ? On réclame notre droit de vie, celui de créer indépendamment de toute pression externe.

Alors aujourd'hui je n'ai pas encore les ressources pour créer ce lieu physiquement. Mais je te propose de me rejoindre en ligne pour en excaver les fondations.

À bientôt, James

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