Hier soir, j'étais au Cully Jazz. Ruby Rushton sur scène. Des rythmes crépus, brameux, cardiaques — les kicks chevauchant le snare à tiers-de-temps, le souffle perçant d'une flûte traversière. À un moment, j'ai oublié où j'étais. J'étais dans la musique, dans mon bassin, mes hanches, mon âme. Un plaisir presque orgasmique — j'étais vivant.
C'est quoi, ça ? Juste du divertissement ? Ou quelque chose de plus nécessaire ?
J'ai toujours voulu être sur scène. Danser, chanter, marcher sur les mains. Dès que j'ai pu, j'ai pris des cours de théâtre. Puis le djembe, la batterie, la capoeira. Pendant mes études, la musique était la partie la plus intime de mon être. C'est en jouant de la batterie avec mon pote Clément que je me sentais le plus vivant, le plus vrai.
Tout le monde ne se sent pas créatif, et je ne veux pas en faire une religion. Il y a des façons simples de se sentir vivant — avec des amis, autour d'un verre, en marchant en montagne. Ces moments-là comptent, profondément.
Andrea Marcolongo · sur l'empathie
La philologue italienne nous rappelle que le mot empathie vient du grec em-pathos : littéralement, « entrer dans la souffrance ». C'est souvent par l'art que l'on s'y risque le plus honnêtement, parce que l'art désarme les défenses que le quotidien construit.
Mais je me demande ce qui se passe quand on crée ensemble. Quand le lien humain et l'expression se rejoignent. La musique, c'est les émotions qui débordent. La scène, c'est s'exprimer hors des jugements. La peinture seul, c'est l'introspection. Dans la vie courante, on n'a pas souvent ces espaces.
Gaston Bachelard · sur le jeu et la matière
Bachelard décrit comment l'imagination créatrice s'enracine dans la matière, dans la sensation physique. Pétrir de l'argile, étaler une couleur — ce sont des actes de rêverie active. Pour Bachelard, jouer, c'est philosopher avec ses mains.
Mihály Csikszentmihályi · le flow
Le flow arrive exactement à la frontière — assez maîtrisé pour s'y engager sans frustration, assez exigeant pour se dépasser. C'est précisément là que vivent la pratique artistique et l'apprentissage créatif.
Alors pourquoi La Fresque ? Parce que tout ça ne se trouve pas par accident. Ça se cultive. Et ça se cultive mieux ensemble.
À bientôt, James